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Le coût total du crédit : une notion dénuée de signification

ANIL, Habitat actualité, mai 1999
Etude réalisée avec le concours de l'Observatoire des Pratiques du Conseil National de l'Habitat


Le "coût total du crédit" est défini comme la différence entre la somme non actualisée (en "francs courants") des versements pour le remboursement d'un emprunt et le montant de cet emprunt. Il doit obligatoirement figurer dans l'offre de prêt. C'est une notion simple et couramment utilisée par le public, bien qu'elle soit dénuée de signification comme les exemples qui suivent l'attestent. Pour simplifier, il ne sera tenu compte que des intérêts, alors que les assurances et les frais de dossiers font également partie du coût du crédit.

1er exemple : deux prêts P1 et P2 d'un même montant de 100 000 F avec remboursement in fine, mais de durée différente :

  • P1 : remboursement de 110 000 F dans un an ;
  • P2 : remboursement de 110 000 F dans cinq ans.

Dans les deux cas, le coût total du crédit est le même : 10 000 F.

Peut-on pour autant en conclure que les deux prêts sont équivalents ?

Evidemment non, il est plus intéressant pour l'emprunteur de rembourser dans cinq ans que dans un an. Pour illustrer cette différence, supposons que l'emprunteur place le montant emprunté sur un livret A de caisse d'épargne :

  • Avec P1, il disposera au bout d'un an de :

    • 100 000 + 100 000 * 3% = 100 000 * 1,03 = 103 000 F.
      Il devra alors rembourser 110 000 F, et l'opération se soldera globalement par un déficit de 7 000 F.

  • Avec P2, il disposera au bout de cinq ans de :

    • 100.000 * (1,03)5 = 115 927 F
      L'opération est cette fois bénéficiaire de 5 927 F.

2ème exemple : cas de prêts de durée différente et/ou de taux différent

  • P1 : 400 000 F sur 15 ans, mensualités constantes, taux = 7 % : coût total du crédit = 249 228 F
  • P2 : 400 000 F sur 20 ans, mensualités constantes, taux = 7 % : coût total du crédit = 346 336 F

Le coût total du crédit supérieur de P2 traduit simplement le fait que l'on paiera des intérêts pendant 20 ans au lieu de 15. Il n'était pas besoin d'un calcul pour le savoir.

Compliquons un peu les choses avec un troisième prêt P3, de mêmes caractéristiques que P2 (400 000 F sur 20 ans, remboursable par mensualités constantes), à l'exception du taux qui est cette fois de 6%. Le coût total du crédit de P3 est égal à 288 106 F, il est plus élevé que celui de P1. Doit-on en déduire que P1 est plus intéressant que P3 ?

3ème exemple : cas de prêts de même montant et durée identique (15 ans), mais de profils différents

  • P1 : 100 000 F sur 15 ans à 5 %, annuités progressives (3 % par an) % : coût total du crédit = 48 440 F
  • P2 : 100 000 F sur 15 ans à 7 %, annuités dégressives (2 % par an) % : coût total du crédit = 45 473 F

On constate que le coût total du crédit est plus élevé pour le prêt à 5 % (P1) que pour celui à 7 % (P2). En effet, le prêt s'amortit moins vite dans le premier cas que dans le second, ce qui explique que les intérêts soient plus élevés.

4ème exemple : une pratique illicite

La justice a condamné la pratique qui consistait pour un établissement à calculer les mensualités de remboursement en divisant l'annuité par 12. Si nous reprenons le prêt du premier exemple, la mensualité ainsi calculée était de 1.186,48 F. Dans les deux cas, remboursement par annuités ou remboursement par mensualités égales au 1/12 de l'annuité, le " coût total du crédit " est le même puisque la somme des mensualités ainsi calculées est égale à la somme des annuités. Ce mode de calcul conduisait en effet à appliquer un taux réel supérieur au taux affiché.

La mensualité calculée selon la méthode légale aurait dû être de 1.024,81 F.

5ème exemple : le prêt à 0 %

Dans le cas du prêt à 0 %, les intérêts sont nuls et par conséquent le coût total du crédit est nul quel que soit le différé d'amortissement. Si l'on se fonde sur le coût total du crédit, les formules avec et sans différé sont donc équivalentes.

Ces quelques exemples suffisent à montrer que le coût total du crédit n'est pas un critère de comparaison valable entre différents prêts de durée, de profil ou de montants différents. Dans le cas d'offres différentes de prêts de mêmes montants, même profil et même durée, la hiérarchie entre les "coûts du crédit " n'exprime rien d'autre que les différences de taux d'intérêt. Si tel n'était pas le cas, il aurait d'ailleurs été inutile de définir un TAEG (taux annuel effectif global) dont la raison d'être est précisément de permettre la comparaison entre différents prêts.

Le coût total du crédit n'a pas de signification économique, le calculer consiste à additionner des versements étalés dans le temps sur une longue durée (jusqu'à 20 ans). Or la théorie économique nous apprend, et le bon sens nous le confirme, que deux versements d'un même montant, mais effectués à des dates différentes, ne sont pas équivalents.

En termes financiers, on parle de la valeur actuelle (VA) et de la valeur future (VF) d'une somme d'argent S.

La valeur future de S au bout de n années est : VFn = VA / (1 + a)n a étant le taux d'actualisation.

Exemple : si S = 10 000 et a = 2 %, la valeur future de S dans 10 ans sera : 10 000 / (1,02) 10 = 8 203 F.

La notion de coût total du crédit n'a donc ni signification économique, ni utilité pour l'emprunteur, elle ne peut en aucun cas l'aider dans son choix ou dans sa décision. C'est la raison pour laquelle son calcul n'a pas été intégré dans ADILOPTI, le logiciel de simulation financière des ADIL.

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